Pour régler des verres progressifs, l’opticien mesure d’abord l’écart entre les pupilles, la hauteur de montage et la courbure de la monture. Ces mesures restent indispensables, mais elles décrivent un visage immobile. Or personne ne lit, ne conduit ou ne regarde son téléphone la tête figée. C’est sur ce point que deux verriers misent désormais sur la réalité virtuelle. L’un vient d’être récompensé au salon Silmo de Paris, l’autre détaille depuis quelques jours sa méthode dans la presse professionnelle.
Plan de l'article
WIDR me : 90 secondes sur une plage virtuelle #
Le magazine professionnel L’OL Mag a présenté le 15 octobre le système WIDR me du verrier Optovision, filiale du groupe Rodenstock. Le principe est simple à décrire. En magasin, le client porte un casque de réalité virtuelle et se retrouve pendant 90 secondes dans un décor de plage tropicale. Il suit du regard des points qui apparaissent à différents endroits du décor.
Pendant ce temps, le casque enregistre plusieurs paramètres que la prise de mesures classique ne voit pas : l’alignement des yeux et de la tête, la façon dont le regard se déplace vers les différents points de fixation, la vitesse de réaction des yeux face à un stimulus visuel, et les variations du diamètre de la pupille.
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Ces données passent ensuite dans les algorithmes du fabricant, qui ajustent le dessin du verre progressif. Selon Optovision, l’objectif est de placer les zones de progression au bon endroit pour le porteur et de réduire les aberrations sur les bords du verre, ces zones floues que les nouveaux porteurs de progressifs remarquent quand ils tournent les yeux sans tourner la tête.
Ce que promet le fabricant, et ce qu’il faut en retenir
Le verrier met en avant un meilleur confort, moins de sensations de flou et une adaptation « potentiellement plus rapide » aux progressifs. Le mot « potentiellement » compte : il s’agit d’arguments du fabricant, pas des résultats d’une étude indépendante publiée. Le système est proposé avec trois gammes de verres progressifs de la marque, I’Vision, O’Design et O’Free.
WIDR me figurait parmi les cinq produits nommés dans la catégorie Vision des Silmo d’Or 2026, aux côtés de Crizal Natural Look (EssilorLuxottica), MiYOSMART iQ (Hoya Vision Care), Dynami OSM (Ophtalmic Compagnie) et Evosight VR (Mega Optic).
Evosight VR, lauréat du Silmo d’Or Vision #
C’est justement l’autre verre conçu à partir de mesures en réalité virtuelle qui a remporté la catégorie. Les Silmo d’Or, les prix remis chaque année pendant le salon international de l’optique à Paris, ont été attribués le samedi 26 septembre au Pavillon Dauphine. Pour cette 33e édition, 14 produits ont été distingués, et le prix Vision est revenu à Evosight VR de Mega Optic.
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Que deux des cinq nommés de la catégorie Vision reposent sur un casque de réalité virtuelle n’est pas anodin. Cela montre que le secteur cherche à mesurer la vision « en mouvement », et plus seulement une photographie du visage prise face à une colonne de mesure. Le même palmarès a d’ailleurs récompensé, dans la catégorie innovation technologique en lunetterie, les lunettes autofocus Laclarée, autre réponse à la presbytie.
Pour qui ces verres ont-ils un intérêt ? #
Les verres progressifs s’adressent aux personnes presbytes, qui ont besoin d’une correction différente pour voir de loin, à distance intermédiaire et de près. Le moment le plus délicat est souvent la première paire : il faut apprendre à baisser les yeux pour lire, à tourner la tête plutôt que les yeux pour regarder sur le côté, et accepter un léger flou en périphérie pendant les premiers jours.
C’est là que la personnalisation peut faire la différence. Deux personnes avec la même ordonnance n’utilisent pas leurs yeux de la même façon. Certaines bougent beaucoup la tête, d’autres presque uniquement les yeux. Un verre dessiné à partir de ces habitudes devrait, en théorie, demander moins d’efforts d’adaptation. Les porteurs qui ont mal vécu leur première paire de progressifs, ou qui passent de longues heures sur écran, sont les premiers concernés.
Les questions à poser à son opticien
Avant de choisir ce type d’équipement, quelques points méritent d’être éclaircis avec un professionnel :
La mesure est-elle disponible dans le magasin ? Ces systèmes demandent un équipement dédié. Tous les opticiens ne l’ont pas, et il vaut mieux se renseigner avant le rendez-vous.
Quel est le prix, et comment est-il remboursé ? Ces verres haut de gamme relèvent des tarifs libres, et non du panier « 100 % Santé » sans reste à charge. Le remboursement dépend donc du contrat de complémentaire santé. Un devis détaillé permet de comparer avant de s’engager.
La mesure traditionnelle est-elle toujours faite ? Le casque complète la prise de mesures, il ne remplace ni l’examen de vue ni le centrage des verres sur la monture choisie.
Une évolution à suivre dans les magasins d’Auvergne #
Pour l’instant, ces technologies arrivent surtout par les réseaux des verriers qui les commercialisent. Leur diffusion dépendra de l’équipement des magasins et de l’accueil des porteurs. Le mouvement de fond, lui, est clair : après la course aux traitements de surface et aux verres freinateurs de myopie pour les enfants, les fabricants cherchent à mieux adapter le verre à la façon dont chacun regarde.
Si vous portez des progressifs et que vous avez du mal à vous y habituer, n’attendez pas votre prochain renouvellement pour en parler. Un ajustement de la monture ou un nouveau contrôle des mesures suffit parfois à régler le problème, sans changer de verres. Et si un renouvellement est prévu, demandez si une mesure du comportement visuel est proposée : c’est désormais une option, pas encore un standard.


